Rue de Courcelles

Dernier étage rue de Courcelles
Paul est foldingue de chaussures
Il les collectionne par centaines
Bottes et richelieus, cognacs ou cannelles
Il s’offre une paire par semaine,
Le vendredi

Rez-de-chaussée rue de Chazelles
Louise est éprise de chapeaux
Elle les collectionne par centaines
Des ronds, des pointus, framboises ou cannelles
Elle s’en offre un par semaine,
Le vendredi

Le dimanche au parc
Ils écoutent l’écho de l’autre, là
Où chacun promène ses hauts, ses bas
Et où chacun mène sur l’eau sa barque

Dans les nuages rue de Courcelles
Paul en a plein les coutures
Maltraite une espèce de godasses
Le froid sous la pluie leur colle aux semelles
Et l’avenir qui menace
Tout l’monde le dit

Bonnet de nuit rue de Chazelles
Louise en a ras l’ciboulot
Décoiffe une espèce de tignasse
S’étire les ficelles jusqu’à c’qu’elles s’emmêlent
Et l’avenir qui menace
Tout l’monde le dit

Le dimanche au parc
Ils attendent l’écho de l’autre, là
Et chacun promène ses hauts, ses bas
Et chacun démène sur l’eau sa barque

La voilà l’histoire
Quand bien chaussés, quand bien coiffés
Quand bien même l’on passe à côté  

Paul déborde de ses chaussures humides
Il les retire, elles puent le chagrin
Louise quitte un chapeau tout plein de vide
Le parc était fermé ce matin

Les dimanches avant
Ils guettaient l’écho de l’autre, là
Chacun promenait ses hauts, ses bas
Et chaque semaine ils avaient l’temps

 

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