Textes

Du brouillard et des ronces

Qui se dessine une trace
Du brouillard et des ronces
Aux espaces qui dépassent
Ne cède ne fût-ce qu’une once
De courage et d’audace

Qui poursuit ses promesses
A sortir de la masse
Celle qui blesse, qui rabaisse
Lui assignant sa place
Sait combien le temps presse

Et cette force à faire face
Se dresse sous l’écorce
D’une féroce tendresse

Qui sans cesse on entache
De ces fausses carences
Parce qu’on parle de race
Parce qu’on parle de France
Est celui qu’on menace

Mais sans honte se hissent
Du sous-sol en surface
Ces consciences qui tissent
Une étoffe plus classe
De justesse et justice

Et cette force à faire face
Se dresse sous l’écorce
D’une féroce tendresse

Que celui qui renonce
Celui même qui s’efface
Sache alors qu’il s’enfonce
Qu’il cède aux dégueulasses
Au brouillard et aux ronces

Et cette force à faire face
Me laisse sous l’écorce
Une féroce tendresse

L’histoire d’un homme

C’est l’histoire d’un homme

L’histoire d’un homme jeune et brillant
L’histoire d’un homme qui a le temps
Un homme élu président
Président d’une grande nation
Dans un monde en perdition

C’est l’histoire d’un homme

L’histoire d’un homme qui a pour lui
Les clefs de possibles infinis
Et toute la grande énergie
Cet homme bientôt réalise
Que sur le monde il a prise

C’est l’histoire d’un peuple

L’histoire d’un peuple qui a l’espoir
Que change la marche de l’histoire
Ils ont le courage de croire
Quand cet homme apparaît comme
L’ultime chance, le dernier homme

C’est l’histoire d’un monde

L’histoire d’un monde abandonné
Oasis de vie et de beauté
Perdu dans l’immensité
Joyau unique de savoir
Trouée magique dans le noir

C’est l’histoire d’un homme

L’histoire d’un homme qui a l’audace
De regarder les choses en face
Et ouvrir de nouvelles traces
Un petit rien change en lui
Et le monde le change aussi

C’est l’histoire d’un homme

L’histoire d’un homme qui les entraine
Petits et grands d’un monde en chaîne
C’est l’histoire d’un homme qu’on aime
De peuples apaisés en somme
Mais existe-t-il cet homme ?

C’est l’histoire d’un autre

L’histoire d’un autre un peu naïf
À bord d’un rafiot créatif
Qui espère passer les récifs
De l’ego et l’ambition
De ces hommes en ébullition

C’est l’histoire d’un rêve

L’histoire d’un rêve où l’homme entend
Le chant des autres, les cris d’enfants
Parce qu’il n’y a pas d’autre moment
L’homme ne veut pas faire de tort
Il ne veut pas de remords

C’est l’histoire d’humains

L’histoire d‘humains rendus tranquilles
Par leurs actions justes et utiles
Aux heures tardives que reste-t-il ?
Sinon les risques de la vie
Ceux qu’on a pris, ceux qu’on a fuis

Dans le silence

Les trains du matin
Archis pleins
Avancent dans le silence
Le protocole
N’a pas de parole

La pluie ce matin
Bat son plein
Elle danse dans le silence
Sous les visages
Abris de l’orage

La nuit n’est pas loin
Elle maintient
Les sens dans le silence
Cache les ombres
A l’abri du nombre

On serait combien
Ce matin
Sans silence
Si un sourire
Venait à sortir

Et combien de mains
Se font bien
Violence
Pour ne pas jouir
Pour se contenir

Matin plein d’entrain
Ou chagrin
Immense dans le silence
Qui nous attrape
Quand les mains s’écartent

Il n’est pas trop tard

Qu’est-ce que j’en ai à faire
De ce monde qui s’écroule ?
Des corps dans les décombres
Les attentats, le climat

Je vois un homme à terre
Au beau milieu de la foule
C’est fou quand il s’effondre
Le monde ne regarde pas

Et ce temps perdu d’avance
Le temps des faux combats
De tant d’errance avant toi

Mais il n’est pas trop tard, il n’est pas trop tard
Il n’est pas trop tard pour changer de vie

Qu’est ce que j’en ai à faire
De ce monde qui achète
Allonge les mensonges
La surenchère, les promos

Y’en a un qui prend cher
Juste au moment de la fête
Replié dans ses songes
Le monde lui dit « t’es zéro »

Et ce temps perdu d’avance
Le temps des choses en trop
Sans importance avec toi

Mais il n’est pas trop tard, il n’est pas trop tard
Il n’est pas trop tard pour changer de vie

Mes yeux se sont ouverts
Sur ton amour qui me quitte
Le monde qui suffoque
Ne viendra pas nous sauver

J’en ai plus rien à faire
Claque, choc et déclic
Le monde je m’en moque
Amour, je passe à côté

Et le temps de tes « je t’aime »
Se perd mais je serai
Heureux quand même après toi

Car il n’est pas trop tard, il n’est pas trop tard
Il n’est pas trop tard pour changer de vie
Des milliers de regards le monde est ainsi
Il n’est pas trop tard, il n’est pas trop tard…

Adieu l’ivrogne

Au départ quelques verres
Sur tes tables gigognes
En écrivant les vers
De tes chansons d’ivrogne

Une seule idée en tête
Choper la plus mignonne
Tu offrais le poète
Et ta trogne d’ivrogne

Salut salut l’ivrogne
On aime bien ton alcool
Avec toi on s’envole

Et bientôt tu lévites
Comme vole la cigogne
Ton esprit se délite
Migration de l’ivrogne

Salut salut l’ivrogne
Tes doutes et tout s’effacent
Ton alcool a la class

Salut salut l’ivrogne
Bien cool est ton alcool
Aujourd’hui tu t’envoles

Rien ne pouvait suffire
A enfin te satisfaire
Alors t’as laissé faire

Sans doute pour te sortir
De ta petite boite qui cogne
T’as fini par t’offrir
Une belle boite d’ivrogne

Adieu adieu l’ivrogne
Tu voles avec l’alcool
C’est l’alcool qui te vole

Adieu adieu l’ivrogne
Tes doutes et tout s’effacent
Ton alcool a la class

Adieu adieu l’ivrogne
Et pour toujours nous plaire
Tu nous laisses tes vers

Mes ongles

Mes ongles vivent dans la peur
La peur d’arriver au bout
Au bout du doigt où ils meurent
Jetés dans les dents d’un fou

Au tout début tout va bien
Mais dès qu’ils voient la lumière
Ils savent qu’ils n’iront pas loin
Croqués par leur tortionnaire

Mes ongles ne passent pas le seuil
Du bout des doigts qui les portent
Buttant sur le même écueil
Personne ne prêtant main forte

Et moi je ne suis pas verni
J’ai beau compter sur demain
J’ai oublié qu’aujourd’hui
Il n’y a plus d’ange gardien

Petit doigt n’a pas pris de gants
Pour me parler de succès
Il dit : tes ongles et tes dents
Devront rayer le plancher

Merci merci enfin j’ai compris
J’ai mal mais tout ira bien
Bourreau bientôt repenti
J’ai l’avenir là dans mes mains

Voilà que j’ai le trac depuis
Qu’je touche du doigt le bonheur
Mes ongles s’accrochent à la vie
Sauvés des griffes de la peur

Car j’ai cessé ce sabotage
Mes ongles peuvent se prendre en main
Et dessiner leur sillage
Sans la crainte de l’assassin

L’an passé

Ce n’est pas bien loin
L’an passé
Planqué dans un coin
Enfermé
Elle se sent un rien
Dérangée
Quand elle se souvient
L’an passé

Elle dit
Ce temps n’était pas sûr
Mais il dormait
(J’ai tant envie qu’il me rassure)
A mes côtés

S’il pouvait ne rien
Oublier
Elle attendrait bien
Des années
Mais elle se retient
D’y penser
Il est déjà loin
L’an passé

Elle dit
Ce temps n’était pas sûr
Et il m’aimait
(Pourtant il a dit « je t’assure »)
A tout jamais

Alors que tout vient
A passer
Bien moins de chagrins
Cette année
Elle se dit qu’un rien
Suffirait
Pour s’offrir quelqu’un
A aimer

Elle dit
Oui le temps des blessures
C’est du passé
J’attends
A nouveau ça c’est sûr
Mon homme, mon homme, mon homme…
Et le temps sera sûr
A ses côtés
Autant oublier les brûlures
De l’an passé

Comme elle se sent bien
Quand elle est
Sur d’autres coussins
Allongée
Il pose ses mains
Là tout près
Et elle ne veut rien
Déranger

Elle dit
Oui le temps des blessures
C’est du passé
J’entends
Qu’à nouveau je murmure
Mon homme, mon homme, mon homme…

Et le temps sera sûr
A ses côtés
J’entends
De très loin le murmure
De l’an passé

Ma petite chose

Tu es ma petite chose
Qui s’oppose, ma guerrière
Qui se pose en barrière

Tu es ma petite chose
Nos vies roses dégénèrent
En moroses surenchères

Tu es ma petite chose
Qui s’expose à ma guerre
Si t’exploses la frontière

Tu es ma petite chose
Celle qui ose, téméraire
L’overdose suicidaire

Tuer ma petite chose
Ecchymoses d’étagère
Sous la prose meurtrière

Tuer ma petite chose
Virtuose de première
Décompose vie entière

Tuer ma petite chose
Sur les roses, sous la pierre
Prends ta pause, la dernière

Tu es ma petite chose

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